On peut consulter à ce sujet ma Notice sur Sagard et son oeuvre.
—Librairie Tross. Paris, 1866.]

Elle portait cette, inscription latine:

HIC STETIT ERICUS
NORWEGIANORUM PONTIFEX
M.CXXI

Dubreuil en était là de ses observations, quand une flamme brilla à la cime d'un cap au-dessus de sa tête, et, à la pointe du rocher, il vit apparaître le sauvage qui gambadait, dansait, se démenait et paraissait en proie à une exaltation extraordinaire.

—Ils sont revenus, criait-il en langue danoise, ils sont revenus les hommes blancs. Ma prédiction s'est accomplie. Et moi, le dernier descendant d'Erick Rauda, moi à qui il était donné de conserver intact et vierge de toute souillure le sang des blancs sur ce rivage, je vais monter au séjour de mes aïeux. La mission du petit neveu du grand navigateur est remplie. C'est ici qu'ont débarqué les premiers Norwégiens; c'est ici qu'ils auraient dû se tenir. S'ils n'avaient flétri leur race en s'alliant, en se mêlant, en se fondant avec les sauvages habitants du Winland, ils vivraient heureux et prospères dans de fertiles contrées. Mais ils se sont bestialement jetés sur les femmes rouge? comme des cerfs échauffés; et ils ont perdu leur esprit, ils ont perdu leur coeur, ils ont perdu leur couleur. Seule, la famille d'Erick s'est préservée de la contagion. Elle a fidèlement demeuré sur ce roc, sans se corrompre, sans se gâter. Elle attendait le retour des blancs, et les blancs reviennent; ils sont revenus, les hommes blancs! Gloire à eux! ils détruiront les hommes rouges et leurs métis!

La prédiction du dernier fils d'Erick Rauda s'accomplira!

En prononçant ces mots avec une frénésie indescriptible, l'insensé se précipita dans le fleuve, où il disparut à jamais.

Guillaume Dubreuil s'était hâté de grimper sur le promontoire, pensant surprendre son homme: mais en arrivant, il ne trouva plus que les décombres fumants d'une cabane.