Ce Mémoire me paraît avoir fort bien résolu plusieurs questions longtemps controversées.

1º La découverte officielle de Terre-Neuve est due à Sébastien et non à Jean Cabot.

2º Sebastien naquit à Bristol à la fin du XVe siècle. Il fit, à l'âge du quatre ans, un voyage à Venise, leur patrie, avec son père.

3º La découverte eut lieu le 24 juin 1497.

4º Les premières Lettres-Patentes de Henri VII furent octroyées aux Cabot, le 5 mars 1496, et on ne les délivra au nom de Jean Cabot que parce que, sans doute, il présentait à l'avare monarque plus de garantie que son fils Sébastien, Henri VII s'étant réservé une partie des bénéfices futurs de l'entreprise.]

Ils arrivaient alors devant une grande et belle maison qui fait encore le coin des rues Haute et du Vin, et dont la façade est un chef-d'oeuvre de sculpture gothique.

Au-dessus de la porte, les drapeaux de Venise et de la Grande-Bretagne mariaient leurs couleurs.

Jean Cabot souleva un lourd marteau de bronze curieusement orné, une jeune et accorte servante ouvrit la porte, et les deux hommes entrèrent dans un store, encombré de caisses, ballots, barriques de toute espèce, de toute provenance. Là, Sébastien quitta son père, pour monter à son appartement par un spacieux escalier en chêne bruni par le temps, tandis que le vieillard pénétrait dans une chambre, au fond du magasin. Cette pièce lui servait de salle à manger, de bureau et de chambre à coucher. Son mobilier était, de la plus grande simplicité, car le prudent armateur cachait avec soin ses richesses, de crainte d'attirer la convoitise du roi ou de ses rapaces ministres. On n'y remarquait qu'un lit à baldaquin et colonnes torses de dimension colossale, avec un Christ en ivoire, accroché, dans la ruelle, quelques cartes jaunies collées au mur, quatre chaises pesantes, une table plus pesante encore, une horloge allemande et un bahut, bardé d'acier, scellé dans la muraille.

Après avoir fermé sa porte par un verrou intérieur, Jean Cabot ouvrit ce bahut, en pressant un ressort secret, puis en introduisant une clé dans la serrure. Le coffre s'ouvrit. Au dedans, il y en avait plusieurs autres, tous fixés au bahut principal, par des crampons d'acier. Leur serrure était percée dans leur propre couvercle.

Cabot pesa de nouveau sur un ressort, et, avec une petite clé pendue à sa chaîne d'or, ouvrit un des coffrets. Il se divisait en compartiments remplis de monnaies étrangères et de pierres précieuses. Dans l'une des cases, le vieillard prit plusieurs menus morceaux de minerai d'un jaune étincelant; ensuite il renferma minutieusement ses coffres, se plaça sous un rayon de lumière, et essaya le minerai avec la pierre de touche et l'acide nitrique.