—De l'or! murmurait-il en répétant ses expériences, c'est de l'or pur! Et cette fille déclare que, dans son île, on le trouve mêlé au sable des rivières! Ah! trouvons, trouvons vite cette île merveilleuse! et ma fortune dépassera celle des doges, celle des plus fastueux souverains du globe! Oui, Sébastien fera le voyage. Ses connaissances, son intrépidité, me répondent du succès. Si le Français voulait nous livrer ses plans! car cette femme (sa maîtresse, je suppose) m'a dit qu'il possédait un plan de l'île! Mais il ne le veut céder à aucun prix! La gloire de la France l'intéresse par-dessus tout. C'est à elle, à elle qui ravage en ce moment l'Italie, qu'il prétend assurer l'honneur et le profit de sa découverte. Il refuse même des associés! Mais non; ni lui, ni la France ne jouiront de ces avantages. Ce sera Jean Cabot, ce sera Venise auxquels ils appartiendront!

Le vieillard avait prononcé ces paroles avec une vivacité qui le fit sourire.

—Voyons, reprit-il, du calme. J'ai une idée. La sauvagesse aime le Français, je n'en puis douter. Si je lui promettais la liberté de son amant, à condition qu'il m'abandonnera ses plans, ou qu'il les refera pour nous, s'ils sont perdus!… Oui… oui… c'est cela.

Il mit les pépites dans sa poche, rouvrit la porte de la chambre et frappa sur un timbre.

La jolie servante accourut à l'appel.

—Mima, lui dit son maître, va me chercher l'étrangère.

Bientôt Toutou-Mak parut devant Jean Cabot.

Vêtue d'un costume européen, à la mode du temps, la jeune Boethique était ravissante, quoique ses joues fussent pâlies par le chagrin et ses yeux rougis par des larmes brillant encore sous ses longs cils au moment où elle entra.

Le vieillard prit un air et un ton paternels.

—Asseyez-vous, mon enfant, lui dit-il en français, mais avec un accent étranger fortement prononcé; asseyez-vous, et laissez-moi vous parler dans votre intérêt… rien que dans votre intérêt. Nous nous connaissons à peine, et, cependant, je sens que je vous aime comme si vous étiez ma propre fille. Je veux votre bonheur. Vous l'obtiendrez par moi, soyez-en persuadée. Seulement, il faut m'aider, ne point vous perdre par une imprudence. Le navire sur lequel vous étiez, quand mon vaisseau le Mathieu s'en empara, est un navire appartenant aux Flamands, c'est-à-dire aux ennemis de ce pays. Vous comprenez pourquoi nous avons faits captifs ceux qui le montaient.