Toutou-Mak, fit rapidement ces observations. Elle avait l'oeil vif et prompt de sa race. Elle songeait à l'évasion de Dubreuil, en cas d'insuccès. Il fallait profiter de sa visite pour en faciliter les moyens.
Son apparition au milieu des soudards donna sans doute lieu à des plaisanteries grossières, à des gestes obscènes, mais elle était bien trop préoccupée pour remarquer les uns ou pour entendre les autres, même si elle eût compris l'anglais.
Après une demi-heure d'attente, pendant laquelle on faisait viser son permis, un homme vint la prendre. C'était le gardien en chef. Il avait le costume qui a été maintenu pour les warders actuels [55] de la Tour de Londres: toque de velours noir, tailladée, tunique de drap rouge galonnée sur toutes les coutures, la rose d'Angleterre brodée sur la poitrine, la fraise plissée au col; une forte ceinture de cuir, d'où pendait, par un anneau, un gros trousseau de clefs.
[Note 55: On sait que c'est le costume du temps de Henri VII.]
Cet homme fit signe à la jeune femme qui le suivit en silence.
Ils traversèrent une voûte, que dentelait au sommet une herse de fer, sous laquelle une sentinelle était en faction; puis ils arrivèrent à une porte fermée. Le conducteur échangea un mot d'ordre. La porte fut ouverte. Elle précédait une seconde voûte armée et formée comme la première. L'échange d'un autre mot d'ordre leur en livra l'accès. Ils pénétrèrent enfin dans la grande cour du château, dont quatre caronades défendaient encore l'entrée.
Malgré son étendue, cette cour était sombre, triste comme sa clôture. Le manque d'air, le manque de lumière se faisait sentir même sur le chétif et souffreteux jardinet établi au milieu. On y étouffait. Des casernes, des magasins, des arsenaux étaient rangés autour des murailles. Sous la tour sud-est, on voyait la maison du gouverneur, que dominait de toute sa puissance, au nord-est, la Guette ou donjon.
Ce donjon se composait d'une tour ronde colossale, élevée de cinquante pieds, à laquelle on en avait annexé extérieurement une autre, haute du double.
Un fossé en protégeait le pied, au dedans du château comme au dehors.
Parvenu devant ce fossé, le guide de Toutou-Mak porta un sifflet à ses lèvres et en tira un son aigu.