Aussitôt un soldat parut à une embrasure, reconnut le gardien, et un pont-levis s'abaissa. Ils franchirent ce pont, s'arrêtèrent à l'extrémité dans une salle basse, où une vieille femme fouilla les vêtements de Toutou-Mak; puis, précédée du geôlier, celle-ci passa dans un corps de garde placé derrière cette pièce; le geôlier ouvrit une porte, et ils gravirent un escalier à vis, dans lequel le vent s'engouffrait avec des lamentations lugubres. La cage en était si étroite que deux personnes n'eussent pu monter ou descendre de front, si obscure que Toutou-Mak se heurtait à chaque palier contre les marches.
L'ascension se termina enfin par une série de petits escaliers s'embranchant dans le tronc principal. Une meurtrière les éclairait. Chacun n'avait que cinq ou six degrés.
Le taciturne geôlier tira les verrous d'une porte, en fit jouer la serrure; un lourd panneau grinça âprement sur ses gonds, un autre encore, et l'homme, se retournant, poussa la jeune femme tremblante dans une cellule où un vif rayon de soleil, flambant à travers la grille d'une ouverture carrée, lui éblouit tout à coup les yeux.
Et la porte se referma avec fracas derrière elle.
L'émotion faisait chanceler Toutou-Mak. Elle s'appuya à la muraille.
—Qui êtes-vous? que me voulez-vous? dit en français une voix bien connue, dont le son la ranima aussitôt.
Elle se précipita vers un homme en haillons, étendu sur une misérable litière, en un coin du cachot.
—Qui êtes-vous? que me voulez-vous? répéta-t-il.
Puis son coeur bondit, s'échappa tout entier dans un cri
—Toutou-Mak!