La jeune femme venait de relever son voile.

Pauvre capitaine Dubreuil, comme huit jours dans cette prison l'avaient changé! Il avait plus vieilli en ce court espace, de temps que durant ses trois années d'épreuves, épouvantables bien souvent, passées au milieu des sauvages du Succanunga et de Baccaléos!

—Je t'apporte la liberté! lui murmura son amante entre deux baisers mouillés de larmes.

—La liberté! les Anglais, nos ennemis jurés, me rendraient ma liberté!
Ah! je ne puis croire…

—N'es-tu pas Français?

—Eh! c'est bien pour cela que je doute de tes bonnes paroles. Mais elle ne me fait plus rien la liberté! puisque je te revois; que je te presse sur mon sein. Ce n'est pas un rêve!… J'ai besoin d'être rassuré! Mes sens ne me trompent-ils pas? Mais non, c'est toi, je te sens, parle-moi, amie, que j'entende le son de ta voix; car j'ai peur encore qu'un songe décevant…

—Non, mon bien-aimé, dit-elle en le baisant avec tendresse, non, ce n'est pas un songe. Je suis là, je t'aime! Nous serons libres tout à l'heure…

—Libres! fit-il avec un mélancolique sourire. Tu as confiance aux
Anglais, toi!

—Mais on m'a promis…

—Ah! leurs promesses! je les connais! Laissons là. Embrasse-moi! encore! encore! Je puis mourir maintenant..