—Viens, ma fille.

Ils sortirent de la cabine, montèrent sur le pont en portant un lourd paquet, et, se coulant vers la préceinte, l'escaladèrent pour glisser sans bruit dans la mer.

Au sommet d'une falaise, un feu servait de phare, ils se dirigèrent à sa lueur, traînant derrière eux une bouée de liège sur laquelle était assujetti un gros rouleau de cordes. La traversée était longue, plus d'une lieue.

Qu'était-ce pour de tels nageurs? De la côte à Bristol, huit milles environ. En moins de quatre heures les deux Indiens eurent effectué le double trajet.

Ils arrivent, contournent les murs de la ville en longeant la rive droite de la Frome. Les voici devant le donjon du château. Le talus du fossé est planté d'une oseraie, ils s'y blottissent. Le cri du faucon déchire l'air; il est répété trois fois à intervalles réguliers, avec des cadences particulières. Un objet blanc, un chiffon flotte à l'une des fenêtres du donjon. On distingue cet objet à travers les profondeurs de la nuit.

—Bien! murmure, en bandant son arc, Triuniak qui a poussé les trois cris, il est là, il a reconnu notre signal d'autrefois: nous sauverons Innuit-Ili.

Je n'entreprendrai pas de peindre les émotions de Toutou-Mak.

Le Groënlandais dévide un peloton de ficelle, en attache le bout à une flèche et décroche cette flèche vers la fenêtre. Elle pénètre. La ficelle est retenue. Alors Triuniak se jette à l'eau, en emportant l'autre bout de la ligne et son rouleau de cordes, traverse le fossé et va se placer sous la tour. A la ficelle, il fixe tout à la fois la corde, quelques limes, un ciseau à froid et un couteau de matelot.

De nouveau le faucon exhale son cri.

La ficelle monte; avec elle la corde et les instruments. Une heure s'écoule, heure de poignante anxiété pour Toutou-Mak. Le ciel est complètement voilé. Il tombe une pluie fine. A peine aperçoit-on la sombre silhouette du château. Nul autre son que le sifflement de la bise et le clapotement monotones de l'eau contre la berge.