Le sauvage poussa un cri de surprise, et la jeune femme se précipita dans les bras de Triuniak. Il voulut l'emmener! Mais lui-même était déjà prisonnier avec sa fille adoptive.
Cabot, satisfait de cette découverte, décida qu'il reviendrait, l'année suivante, avec des forces suffisantes pour s'emparer de l'île, il reprit sa route vers le nord, en espérant rejoindre la flottille et trouver un passage au Cathay.
Toujours guidé par les plans de Dubreuil, il s'éleva ainsi jusqu'au cinquante-sixième degré de latitude nord. Mais à ce point, il dut se soumettre aux représentations de ses officiers et à la mutinerie de l'équipage, qui considéraient cette tentative comme un échec, parce que non-seulement on n'avait pas recueilli d'or, mais parce qu'on n'avait vu qu'un pays nu, désolé, où le froid sévissait cruellement.
C'était à la fin d'août, Sébastien Cabot tourna le cap sur l'Angleterre et rentra au commencement d'octobre dans le canal de Bristol.
Par une sombre soirée, le Matthew essaya de franchir la barre du fleuve Severn; mais, battu d'un vent contraire et ne réussissant pas à s'affourcher, il courut, sous ses focs de beaupré, des bordées dans le canal en attendant le retour de la marée.
Il était neuf heures environ. A l'exception du pilote et d'un homme de quart, tout semblait dormir à bord. Néanmoins, dans une cabine, au pied du grand mat, Triuniak et Toutou-Mak veillaient.
—Ma fille est-elle prête? dit à voix basse le Groënlandais, vêtu et armé comme pour une expédition.
—Oui; partons. Tu as les cordes et ces instruments qui coupent le fer, que j'ai pris à celui qu'ils nomment un charpentier?
—Je les ai. Mais es-tu sûre de bien retrouver ta piste?
—Toutou-Mak reconnaîtrait partout l'endroit où elle a posé une fois le pied.