Sur le soir, le vent étant tombé, le Matthew mouilla dans une baie qu'on nomma Saint-Jean, en mémoire de l'apôtre dont on fêtait l'anniversaire ce jour-là, 24 juin.

Sébastien Cabot étudia les cartes dérobées à Dubreuil et y observa, à sa grande satisfaction, le littoral qu'il venait de découvrir, assez fidèlement dessiné. C'était la côte orientale d'une île triangulaire, située par le 49° de latitude et 55° de longitude.

Une note indiquait que là, mais à peu près à la hauteur du 50° de latitude, on trouverait le petit lac aurifère. Sébastien Cabot, ravi, consulta Toutou-Mak qui, le voyant plus réservé, consentait maintenant à causer avec lui. Mais elle ne put lui fournir aucun renseignement. Si c'était réellement l'île désignée sous le nom de Baccaléos sur la carte de Dubreuil, elle n'en avait jamais parcouru cette partie.

Le lendemain, Cabot leva l'ancre et cingla à l'est, puis à l'ouest et au nord sans perdre l'île de vue. Il arriva ainsi dans un détroit si correctement tracé sur un des plans de Dubreuil, que tous ses doutes cessèrent.

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis la première découverte. L'équipage voulait descendre à terre. Sébastien permit à quelques hommes de s'y rendre. Ils revinrent bientôt traînant avec eux trois indigènes, couverts de peaux. Toutou-Mak reconnut les Uskimé méridionaux.

Elle causa avec eux, et confirma le capitaine dans son idée qu'il avait la terre ferme à sa gauche, l'île de Baccaléos à sa droite.

Les Esquimaux furent retenus sur le Matthew, et l'on vira de bord pour aller ancrer dans la baie de Higourmachat, très-rapprochée du lieu où Dubreuil avait recueilli ses pépites.

Toutou-Mak pria Sébastien de la laisser aborder, pour visiter sa mère et ses compatriotes. Elle conduirait, assurait-elle, les Anglais au lac. Mais le capitaine en était trop épris pour s'exposer à ce qu'elle lui échappât. Loin d'acquiescer à son désir, il la renferma de nouveau, et envoya à terre un détachement.

A leur retour, ses gens lui annoncèrent qu'ils avaient été assaillis et repoussés par une forte troupe d'hommes armés, avec une perte de six de leurs camarades. Cette nouvelle affligea d'autant plus Sébastien, que le scorbut ravageait son équipage, et qu'on avait laissé en arrière les petits vaisseaux qui naviguaient de conserve avec le Matthew.

Cependant, les matelots ramenaient un insulaire parlant quelques mots de français, et qui s'était donné à eux en les prenant pour des Français. Sébastien le fit venir en sa présence. Le sauvage paraissait enchanté de voir des Innuit-Ili. Il témoignait d'une joie si excessive que le capitaine, ne comprenant rien à ses gestes et à son jargon entremêlé de termes français, le conduisit à Toutou-Mak.