Il étendit le bras pour lui prendre la main; mais soit qu'il se fût trompé, soit que la jeune femme craignît de manquer à son devoir, les avances du capitaine restèrent sans réponse.

Tous les effets ayant appartenu à Pumè avaient été enlevés de la hutte comme impurs et déposés sur une pelouse voisine. Pour le repas, les convives se servirent de plats de bois et de chaudières de pierre ou d'argile empruntés ça et là. Cependant, comme on allait se mettre à table, c'est-à-dire s'accroupir à terre, Dubreuil remarqua, pendu au mur, un couteau de fabrique européenne, et qui était apparemment resté inaperçu dans le déménagement.

Après l'avoir examiné de près, il ne douta pas que ce ne fût son couteau perdu ou dérobé depuis quelque temps.

Sans plus de réflexion, il le décrocha, déclara que c'était sa propriété et le mit dans sa poche.

Cet acte souleva un moment d'horreur. Tous les assistants s'éloignèrent aussitôt de lui, comme d'un pestiféré.

Et l'angekkok, qui avait présidé aux obsèques, se levant, dit d'un ton prophétique:

—Innuit-Ili, tu as touché à un instrument souillé; va te purifier, ou tu mourras avant que douze lunes soient écoulées.

Pour ne pas froisser les sauvages par une violation publique de leurs coutumes, Dubreuil sortit de la cabane, mais non, on le pense bien, avec l'intention d'aller se déshabiller et se rouler nu sur les glaçons, considérés par les Groënlandais comme eau lustrale.

Il se posta derrière la hutte, et tâcha de voir, par quelque crevasse du mur, ce que faisait Toutou-Mak à l'intérieur.

Les désirs du jeune homme furent exaucés, car il découvrit la Biche-Agile près du lit d'une des veuves de feu Pumè. Cette femme venait d'accoucher. Près d'elle on découvrait encore certain vase qu'on a coutume de poser sur la tête des Esquimaues en mal d'enfant, pour faciliter leur délivrance.