Aide de cet appareil, Dubreuil distingua, à un mille de lui, une troupe de phoques qui s'ébattaient gaiement à la tiède chaleur de l'astre diurne.

Le capitaine replaça son canot sur sa tête et se glissa, avec précaution, vers la crique à l'Ours, lieu où étaient rassemblés les veaux marins.

Quand il n'en fut plus éloigné que d'une centaine de pas, il descendit la côte, mit son kaiak à flot et nagea avec une vitesse incroyable, mais sans faire le plus léger bruit.

Il allait dans un tel silence qu'il passa inobservé par une troupe de lourds cormorans, occupés à pêcher dans une anse.

Arrivé à la hauteur de la crique, Dubreuil donna deux vigoureux coups de pagaie pour en doubler la pointe, saisit un reineinek ou grand harpon auquel était fixée une longue ligne, et darda la pointe de l'arme dans le flanc d'un gros phoque qui venait de s'éveiller, au bruyant désordre de ses compagnons, frappés de panique par l'apparition du kaiak bien connu.[9]

[Note 9: Les pêcheurs, eu plutôt chasseurs de phoques, savent que cet amphibie est doué d'une certaine intelligence, et que, quand un troupeau a été chassé quelquefois par le même homme, il reconnaît cet homme et s'en défie plus que des autres chasseurs.]

Percé d'outre en outre, l'animal ne s'en roula pas moins dans l'eau et plongea.

Dubreuil laissa filer la ligne, attachée par l'autre extrémité à une peau de veau marin remplie d'air, destinée à servir de bouée pour suivre les traces du blessé.

Le phoque fuyant vers la haute mer, Guillaume lança son kaiak hors de la crique, pour lui donner la chasse, mais, en débouquant, une pierre décochée avec force l'atteignit au visage, il perdit l'équilibre et capota.

VI