DISPARITION
Dans la matinée de ce jour-là, en allant puiser de l'eau à la source commune, Toutou-Mak remarqua que Kougib et le futur angekkok-poglit passaient et repassaient fréquemment devant la cabane de son père. Ils la regardaient avec un air et des gestes qui inspirèrent des soupçons à la jeune fille. Évidemment, ils tramaient quelque perfidie. Toutou-Mak les suivit en cachette.
Les deux hommes prirent la route d'un petit bois de cormiers, distant de cinq ou six portées de flèche du village uskimè. Le chemin qui y conduisait était encaissé entre des rochers et tortueux. Bien de plus facile que de s'y glisser sans être aperçu. La jeune fille marcha sur leurs pas.
Arrivés dans le bois, ils s'arrêtèrent.
Toutou-Mak se coula derrière un buisson et écouta.
—Oui, disait Kougib, ils ont assassiné Pumè. J'en suis sûr. Comment expliquer autrement sa mort?
—Tu as bien raison, mon frère, répondit l'angekkok.
—Aussi, je vengerai la mort de Pumè.
—Torngarsuk l'ordonne. Ton empressement à devancer ses désirs lui sera agréable.
—Ah! si je n'avais pas manqué mon coup, hier! Il faut que ce blanc ait un charme pour détourner les traits.