Sa confection, loin de décourager Guillaume par la vue de la grande distance où il était de sa patrie, lui releva le moral. Il se dit qu'avec un bateau de quelques tonneaux on pourrait franchir l'Océan, ou tout au moins le détroit dont lui avait parié le Groënlandais, de là gagner Baccaléos, et pourquoi pas ensuite les rives de France? Peut-être que, tandis qu'on serait sur l'île, un vaisseau européen y viendrait faire la traite!
Au pis aller, mieux valait cent fois mourir d'une prompte mort au fond de la mer que de périr lentement sur les glaces du Succanunga.
Mais le bateau, où le trouver? Partir en kaiak eût été un suicide? L'ommiah ou le konè n'offrent guère plus de chance! quoique l'un et l'autre soient une embarcation assez spacieuse, où les Esquimaux logent leurs femmes, leurs enfants et leurs effets, quand ils entreprennent quelque lointaine expédition, et quoique ce fût assurément sur ces bateaux qu'ils avaient dû passer à Baccaléos. Mais ils connaissaient la route, étaient en nombre, et rompus à ce genre de navigation.
Dubreuil, pourtant, avait fini par se décider à fuir, à tout hasard, sur un konè, dès que l'hiver serait fini, quand il lui vint une idée.
Il appela Triuniak;
—Mon père, lui dit-il, voudrait-il me faire un présent?
—Tout ce que j'ai est à toi, Innuit-Ili, répondit cordialement l'Esquimau.
—Je désire avoir l'arbre que nous avons trouvé près de la crique à l'Ours.
—Le pin? dit Triuniak:, presque fâché d'avoir engagé sa parole.
—Ce pin?