—Que veut en faire mon fils?

—Je veux faire un grand canot.

—Le Groënlandais se mit à rire.

—Innuit-Ili se moque de Triuniak, dit-il gaiement.

—Tu verras que non, mon père.

La torche de l'espérance était rallumée dans son cerveau. Le capitaine recouvra promptement ses forces, son activité, son intelligence. Donnez un but noble aux passions de l'homme, elles le conduiront bien, elles feront son bonheur, mais, pour Dieu, gardez-vous de les supprimer, car vous ne feriez plus de lui qu'un être faible, mou, sans utilité pour les autres, à charge à lui-même. La passion, c'est le mobile et l'expression de la vitalité.

Que vos efforts tendent donc toujours à lui imprimer une direction utile, jamais à l'étouffer.

Dès qu'il se put lever, Guillaume Dubreuil alla visiter son arbre, enseveli sous six pieds de neige, devant la cabane de Triuniak. Il le fit exhumer. C'était un pin de la grande espèce, dont le tronc mesurait dix toises en longueur et quatre de circonférence.

Sur son emplacement même, le capitaine bâtit une cabane voûtée, avec des moellons taillés dans un banc de neige durcie, sur lesquels on répandit de l'eau chaude pour cimenter la maçonnerie par la gelée. Des disques de glace, placés de distance en distance, éclairaient l'intérieur de la hutte.

Enfermé chaudement dans son chantier, avec une hache de pierre et une bisaiguë en dent de narval, il équarrit le gigantesque pin, lui donna la forme d'un vaisseau; avec le feu et une herminette dont il avait emprunté le tranchant à une défense de morse, il le creusa, l'évida et obtint ainsi une embarcation longue de cinquante pieds, profonde de cinq.