Les Uskimé étaient dans l'admiration. Jamais ils n'avaient vu pareil navire.

Leur surprise ne devait pas en rester là.

Guillaume fit abattre tous les plus gros arbres qu'on put trouver aux environs. Malgré l'imperfection de ses instruments et la mauvaise qualité du bois, il réussit à fabriquer des planches, dont il fit une quille, des bordages et des préceintes pour son vaisseau. Le tout fut recouvert de peaux, afin de le rendre étanche autant que pour le consolider.

Avec ses oeuvres mortes, le bâtiment eut alors sept pieds d'élévation, et une largeur de cinq.

Enchanté d'une construction dont il espérait tant, Guillaume songea à la ponter sur toute son étendue. Mais le bois lui manquait. Il fallut se contenter d'élever deux demi-ponts à la proue et à la poupe, avec une passerelle au-dessus du maître-bau, passerelle destinée à soutenir le mât principal du bâtiment.

On pense bien que, dans ces travaux, Dubreuil fut aidé par Triuniak et plusieurs Uskimé, tous ignorant le but du capitaine, beaucoup comptant toutefois que le navire leur servirait un jour pour opérer une descente sur l'île des Indiens-Rouges.

Seul, Triuniak soupçonnait peut-être les intentions de son hôte. Mais il était trop prudent pour laisser percer ses conjectures.

La coque du bateau terminée, Guillaume s'occupa du gréement. Il eut grand'peine à se procurer l'arbre nécessaire pour son mât principal. Quant aux voiles, aux cordages, les phoques, morses et rennes en firent les frais. Il manquait encore une ancre. L'ingéniosité du capitaine y suppléa. Dans une lourde pierre, façonnée en croissant, il ficha solidement des défenses de walrus: ce furent les pattes, une corne de narval, plantée au milieu du caillou, fut la verge; un fanon et un os de baleine, les jas et l'arganeau.

A la fin de mai, l'oeuvre était terminée: mais Dubreuil avait plus d'une fois besogné sans relâche pendant quinze heures.

Restait une opération d'exécution difficile: le lancement, car on était à plus d'une lieue de la côte.