Tous les traîneaux du village sont rassemblés. Le bâtiment est assujetti sur les uns. Sur les autres, on place ses mâts, ses agrès.
Cinquante chiens sont attelés à la pesante machine, qui s'ébranle et suit bientôt un chenan de glace uni, disposé à cet effet.
On arrive à la côte.
Là, Dubreuil, qui songe à tout, qui veille à tout, a préparé un plan incliné, et un bâti latéral de glaçons, avec un bassin d'eau entièrement libre au-dessous.
Par le moyen de leviers et de rouleaux, le navire est poussé dans le coulisseau, des Uskimé placés derrière, avec des câbles fixés à la poupe, l'empêchent de plonger trop précipitamment dans les flots.
Le capitaine donne un signal convenu, ses hommes filent leurs lignes, et la Toutou-Mak (ainsi Guillaume avait-il baptisé le bateau) glisse doucement et arrive sans accident à la mer, où elle se balance avec grâce, aux acclamations de tous les spectateurs.
Le coeur de Dubreuil était trop plein. Oubliant la compagnie qui l'entourait, il tomba à genoux, éleva ses mains vers le ciel, et remercia celui qui avait inspiré son entreprise et lui avait prêté le courage et l'adresse pour la mener à bien.
Ensuite, il établit le gouvernail, le mat de beaupré et le grand mât au sommet duquel furent arborées les couleurs de France, sous forme d'un pavillon blanc, en duvet de cygne, tissé, hélas! pour un autre usage, par la pauvre Toutou-Mak.
La journée ne pouvait se terminer sans une fête.
Elle eut lieu dans le chantier, Triuniak présida aux préparatifs; tous ceux qui avaient concouru à la construction de la Toutou-Mak y assistèrent avec leurs femmes.