Il se contenta de rassembler les quatre coins de la guenille qui lui servait de bourse, de les lier ensemble et d'enfoncer le tout dans les profondeurs de son capot.

—C'est bien le cas de répéter que la fortune est aveugle, dit-il, d'un ton burlesque. Quand je me souviens qu'autrefois nous jouions aux palets avec des lingots d'or….. Oui, c'était sur le pont du Corbeau,. Mille millions de tonnerres! en a-t-il vu, en a-t-il vu, en a-t-il senti de cet or! Quand je vous dirai qu'un jour, étant à court de munitions, nous avons mitraillé une frégate à coups de biscayens d'or… plus que ça de genre, hein! Fallait voir comme l'ennemi était étonné! Et le capitaine Larençon, comme il était joyeux! jamais je ne le vis plus gai. Au moins celle-là pourra se vanter que nous ne lésinons pas, disait-il au chef de timonerie, en lui montrant la frégate! Dieu de Dieu! nous achetons cher ses faveurs… Diable de capitaine, va, il avait toujours le mot pour rire! Quand je songe… ça me reproche… enfin! Ohé! buvons. Qu'est-ce que tu manipules-là, Stephen?

—Du Champagne, du Champagne, répondit le cabaretier, élevant triomphalement les deux bouteilles au-dessus de sa tête.

—Du Champagne! dit l'Cageux, au comble de la stupéfaction.

IX

—Du Champagne! dit Mike, débouche. Stephen, débouche, mon brave. J'en ai diantrement lampé dans mon temps, nom d'une garcette!

—Comme ça saute, s'écria l'Cageux, surpris de l'explosion qui suivit la rupture des fils de fer.

—C'est qu'il est fameux, répartit le cabaretier, remplissant les verres du liquide pétillant.

—A la nôtre!

—A la nôtre!