Ce fut tout: la jeune fille laissa échapper le papier qu'elle tenait dans ses blanches mains, et son imagination se prit à vaguer à travers les bocages odorants de la rêverie.

D'abord, de gracieuses images, papillons folâtres aux ailes d'or et d'émeraude, voltigèrent devant ses yeux à demi clos.

Elle se promena sur le bord d'un beau lac, ombragé par les rameaux des arbres touffus, mollement appuyée au bras d'un ange: l'onde murmurait à leurs pieds; les vives libellules jouaient sur les touffes de nénuphar; l'abeille bourdonnante pompait le suc des plantes aromatiques; et perdu dans le feuillage, un rossignol conviait la nature aux délices de ses harmonieux concerts!

Qu'il faisait bon marcher ainsi, oublier la vie, pour s'enivrer aux charmes de cette amoureuse journée.

Ils avançaient lentement, bien lentement, échangeant de rares paroles; mais ces paroles étaient autant de perles précieuses, de mélodies ineffables: et puis elles étaient entrecoupées de ces longs silences, qui sont les plus chers entretiens des âmes aimantes.

Comme ils savouraient le bonheur d'exister l'un par l'autre!

Et le sentier fleuri, sur le bord du lac, se déroulait toujours charmant; et aucun nuage n'ouatait l'azur du ciel, et ils s'endormaient ainsi dans l'extase d'une mutuelle félicité….

III

Tout à coup, Angèle tressaillit: ses traits se décomposèrent, une sueur froide baigna son front, ses doigts se joignirent convulsivement et de sa bouche tomba une exclamation déchirante:

—Mon Dieu!