—Marche. Je t'avertirai quand je voudrai descendre.

Habitué au caprice de ses pratiques, le charretier poursuivit droit son chemin jusqu'à la rue de la Visitation qu'il enfila trop brusquement, car le traîneau s'accrocha à une borne et se renversa sur le côté.

Heureusement les chevaux s'arrêtèrent d'eux-mêmes; mais Pierre fut lancé au milieu de la voie, ainsi que son voyageur.

—Maladroit! s'écria celui-ci, en sa relevant. Ne pouvais-tu faire attention?

—Excusez, balbutia le conducteur confus, et s'assurant qu'il n'était pas blessé.

—Allons, leste! dit l'autre, en ramassant sur la neige, un objet qu'il avait sans doute laissé échapper et que Pierre Morlaix crut être un pistolet.

Ils reprirent leur place et se remirent en route. Mais au coin de la rue
Sainte-Catherine, l'inconnu posa sa main sur l'épaule de Pierre Morlaix:

—Voici un louis. Attends-moi ici; tu me ramèneras.

Ce disant, il sautait à terre, et disparaissait derrière un pâté de maisons.

Séduit par la générosité de son passager (afin de nous servir du terme local), Pierre l'attendit patiemment jusqu'au petit jour. A la fin, lassé de fumer des pipes, de s'agiter le corps, les pieds et les bras pour s'échauffer, il résolut de rentrer ses chevaux à leur écurie. Ensuite, avant de se coucher, il voulut nettoyer son traîneau. Mais quelle fut sa surprise de trouver sur le coussin un petit portefeuille de maroquin noir! Pierre l'ouvrit sans scrupule, en marmottant: