»Notre patron ou capitaine se mit à la roue, et moi, pour ne pas rester inactif, j'aidai les hommes à hâler les cordages. Ils furent surpris de voir que je n'étais pas aussi ignorant du métier qu'ils l'avaient cru d'abord. Ces notions me conquirent leur estime.

»Peu après, ordre fut donné de ranger les bagages. Et en moins de dix minutes le pont se trouva libre.

»Vers cinq heures on annonça le souper. Nous descendîmes dans l'entrepont; moi, comme un sot, le dernier (mais dès que mon appétit fut établi un peu plus tard, et que l'importance d'être le premier à table m'eût été démontrée, je reconnus bien vite le néant des cérémonies). Comme un sot, ai-je dit, car difficilement parvins-je à obtenir une place, et plus difficilement quelques vivres.

»Par bonheur, je n'avais pas grand'faim. Mes plus longues courses maritimes n'avaient guère dépassé le Saguenay en bas de Québec, et je n'étais pas aguerri contre le mal de mer. Je ne l'avais point, il est vrai; mais le pressentiment me coupa l'appétit.

»Après le souper, je me retirai dans ma cabine où je ne tardai pas à m'endormir. Des rêves affreux troublèrent mon sommeil. Et, le lendemain matin, je m'éveillai rien moins que charmé de la vie de marin.

»Durant toute la journée, les gens de l'équipage me lorgnaient, à chaque instant d'un air moqueur, attendant les premiers symptômes du mal fameux, et prêts, sans doute, à me prodiguer des soins à leur manière.

»Mais Neptune me protégea. J'en fus quitte pour la peur, quoique pendant trois jours je me sentisse faible, et peu disposé à manger.

»Le sixième jour, nous jetâmes l'ancre dans la crique du Sommeil, au détroit de Canso, nous y restâmes quarante-huit heures pour faire de l'eau. Je m'amusai fort à prendre des homards, à courir la campagne et à cueillir des framboises qui viennent abondamment dans cette partie de la Nouvelle-Écosse. Elles sont fort grosses et d'une saveur toute particulière.

»Le patron et moi nous visitâmes aussi une goélette qui retournait à son port d'embarquement avec une cargaison de poissons. Les gens de cette goélette nous apprirent que le maquereau essaimait, mais qu'il était petit. Ils n'avaient mis que trois semaines pour remplir leur vaisseau et rapportaient qu'un grand nombre de bâtiments de Gloucester étaient dans la Baie.

»Le lendemain, nous remîmes à la voile. Bientôt après; le patron nous appela et nous partagea, les lignes, les hameçons, le plomb et l'étain.