»Quand j'arrivai le jour du départ à bord du Franklin, la goélette qui devait m'emmener; l'aspect sur le pont n'était pas des plus encourageants. Il y avait sur ce pont un encombrement de malles et de paquets qui semblaient venir de toutes les parties du monde; C'était une inextricable confusion. On ne pouvait poser le pied sur le plancher sans heurter quelque objet d'habillement où d'alimentation.
»Le maître-cook était à l'avant. Il mettait en ordre son petit assortiment de vaisselle. En me voyant, il me dit d'un ton gouailleur:
»—Ah! ah! vous voilà, monsieur le novice.
J'espère bien que vous serez malade avant demain matin.
»Ce souhait n'était pas fort rassurant. Mais je fis contre fortune bon coeur, et pour me concilier les bonnes grâces du dispensateur des vivres, je lui offris un coup de rhum qu'il accepta sans façon, comme une chose due.
»L'équipage ne tarda pas à se montrer. Bel équipage, ma foi! Jamais je n'avais vu, même à Québec, une troupe de jeunes hommes plus robustes, plus gais et plus dispos. Ils riaient que c'était plaisir à les entendre.
»La connaissance fut bientôt faite. Quoique j'eusse un certain commandement sur ces hommes, je préférai me les gagner tout de suite par l'affection plutôt que de m'imposer à eux. Une dame-Jeanne pleine de Jamaïque et des cigares que j'avais eu soin d'emporter furent les traits d'union de nos bonnes relations.
»Nous fumions et buvions déjà comme de vieux amis quand la voix du patron retentit:
»—Parez la grand'voile! larguez la misaine! déployez les focs.
»Aussitôt tout le monde se leva et courut exécuter les ordres.