»—Le maladroit, qui embrouille mes fils, ajoute un troisième.
»—Des amorces ici, patron, demande un quatrième.
»Et son voisin qui se lève triomphalement:
»—J'ai pris un roi! j'ai pris un roi!
»On nomme ainsi certain maquereau d'une forte espèce.
»Un juron énergique résonne à deux pas de moi; c'est un matelot qui a cassé sa ligne. Un cri d'étonnement lui succède: c'est son camarade qui a pris un jeune requin. Enfin, il règne sur la goélette une ardeur, une joie, je puis dire le mot, que je n'ai jamais rencontrées ailleurs.
»Mais il n'est permis qu'à la langue et aux membres supérieurs de s'agiter: le reste du corps et les pieds surtout, doivent rester de longues heures dans une immobilité complète. Remuez-les un tant soit peu et vous contrarierez les mouvements de vos compagnons, ou empingerez leurs lignes qui vous environnent de toutes parts.
»Peu à peu, les mordeurs diminuent; le feu de la pêche se ralentit. A peine, de temps en temps, un petit maquereau, sorte de fretin, se hasarde-t-il de donner sur l'amorce; tous nos gens respirent. Ils passent leurs jambes par dessus bords et s'assoient pour se délasser.
»Alors, voilà sonner l'heure des jeux de mots, des plaisanteries, des contes joyeux, des rires bruyants. On se dédommage à coeur que veux tu du long silence, de la pénible position observés précédemment.
On se mettrait déjà à chanter si la voix du cuisinier ne se faisait entendre: