»—Mes enfants, voici le maquereau qui revient!
»En une seconde, les jambes cessent de se balancer, les visages reprennent leur gravité; les rires et les gaudrioles expirent sur les lèvres, on se remet à la besogne.
»Parfois l'équipage demeurera à sa tâche pendant quatre heures nouvelles, jusqu'à ce que le patron dise:
»—Allons, mes gars, m'est avis qu'il faut nous apprêter (non pas nous, mais la prise).
»C'est ainsi qu'il se permet le calembour, quand il est en belle humeur, le patron!
»Après avoir rempli de la sorte cent cinquante barils, une succession de vents de l'est et de lourds brouillards nous assaillit, et pendant trois semaines nos lignes chômèrent. Nous croisâmes le long de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et des côtes du Canada; nous remontâmes aussi les côtes du Saint-Laurent, et je vis presque l'instant où je pouvais aller embrasser ma bonne mère à Québec.
»Mais, hélas! c'eût été un bonheur trop grand pour moi, sans doute. Il me fut refusé.
»Chaque jour, cependant, nous découvrions d'innombrables quantités de poissons. En vain, nous jetions nos lignes, les maquereaux ne voulaient pas mordre.
»Nous hélâmes les patrons de quarante bateaux-pêcheurs au moins et échangeâmes invariablement ces paroles:
»—Avez-vous pris du poisson depuis peu?