A la claire fontaine,
M'en allant promener,
J'ai trouvé l'eau si belle
Que je me suis baigné.
Il y a si longtemps
Que….
Mais à ce chant succéda tout à coup un cri d'épouvante, le pied de la jeune fille avait rencontré un obstacle, et elle était tombée tout de son long sur un corps humide!
XII
La peur est le fruit de la surprise soulevée à son plus haut degré. Nul au monde n'est exempt de ce mouvement de l'âme qui stupéfie les sens et désespère la raison. La peur se produit à chaque instant. Les philosophes stoïciens, qui s'exerçaient à l'insensibilité complète, eux qui étaient parvenus à glacer le rire, à dessécher la source des larmes, n'ont pu triompher de la peur.
La peur est un des éléments de notre existence, puisque cette existence est un éternel composé d'espoir et de déception.
Mais il y a deux sortes de peur, la peur subite, immédiate, instantanée, celle qui grossit les objets, leur donne une puissance ou des formes surnaturelles, anéantit spontanément les fonctions de notre intellect et parfois même les fonctions de notre organisme physique, et la peur qui se glisse dans les actes les plus ordinaires de la vie, quand on désire la réussite ou l'insuccès d'une entreprise.
Celle-ci est purement mentale; toutefois, son prolongement peut aussi affecter plus ou moins l'économie animale.
Celle-là est plutôt une sensation qu'un sentiment, car elle agit avec une violence extrême sur le corps: les défaillances, la syncope, l'apoplexie, la folie, la mort en sont souvent les suites funestes.
Fait étrange! les choses ou les êtres les plus communs, peuvent provoquer la peur chez les plus grands génies: on en a vu s'évanouir à l'aspect d'une araignée, d'une grenouille, d'une souris, etc. Mais ce qui est plus propre à susciter cette passion, comme l'appelle Lafontaine, c'est l'apparition soudaine d'un cadavre; il est peu de personnes qui, entrant par hasard dans une chambre, et se trouvant face à face avec un individu mort, ne reculeront d'épouvante. Cette impression est plus vive encore, lorsque l'obscurité nous environne, car la simple obscurité suffit pour engendrer la frayeur; aussi, chère lectrice, je vous laisse à penser, après vous avoir demandé pardon de la précédente digression, je vous laisse à imaginer si mademoiselle Angèle se sentit terrifiée en tombant, au milieu d'épaisses ténèbres, sur un corps humide.