Mais, mademoiselle Angèle était fière, comme nous l'a appris la vieille madame Morlaix, par conséquent elle était brave. La première émotion calmée, elle se relève, et, quoique toute tremblante, elle court à une petite table où elle a coutume de déposer une boîte phosphorique. Elle allume sa lampe, et revient près du corps.

—Sainte-Marie, mère de Dieu, priez pour nous! s'écria-t-elle en apercevant le sang qui inondait la face d'Alphonse; cet homme a été assassiné! Au secours!

Mais Angèle n'a pas de voisin, son cri ne trouve pas d'écho.

Alors, maîtrisant ses craintes, elle prend son pot-à-l'eau, une serviette, et, s'agenouillant à côté du blessé, commence de lui laver le visage.

Les traits de l'inconnu sont pâles comme ceux d'un mort, ses yeux fermés, ses lèvres décolorées, mais son pouls bat faiblement. La jeune fille conçoit une espérance. Avec un peu de charpie, appliquée sur la plaie, elle arrête l'effusion du sang, puis saisissant le flacon d'eau de Cologne qui sert à ses ablutions, elle en humecte les lèvres du patient et lui en frotte le front et les narines.

Longtemps ses efforts sont inutiles, mais le pouls monte insensiblement, la chaleur ramène le coloris sur les joues de l'évadé, Angèle redouble ses lotions et ses frictions, et enfin Alphonse ouvre à demi les paupières, en murmurant:

—Où suis-je?

XIV

Le croira-t-on? ces trois mots épouvantèrent plus mademoiselle Angèle, que sa chute à son entrée chez elle.

Elle recula, timide, palpitante, incapable d'articuler une réponse. Tant qu'elle avait eu affaire à un être inanimé, sa pitié naturelle, cet instinct qui invite toutes les femmes à secourir la faiblesse, avait étouffé ses appréhensions pour guider son coeur et sa main. Mais quand le blessé renaquit à la vie, la position changea. Mille pensées, mille craintes envahirent le cerveau de la jeune fille. «Quel était cet homme? d'où venait-il? Comment s'était-il introduit dans son domicile! Si c'était un voleur, un meurtrier, un incendiaire!»