Cependant, Alphonse fit un mouvement:

—J'ai soif, dit-il, en essayant de se mettre sur son séant.

La frayeur d'Angèle augmenta; car elle s'aperçut alors seulement du désordre qui régnait dans la toilette de l'étranger, dont les vêtements déchirés étaient maculés de fange et de sang.

—J'ai soif, répéta Alphonse, qui était parvenu à fixer perpendiculairement son coude au plancher et à placer sa tête dans le creux de sa main; donnez-moi à boire.

Sa voix avait des inflexions si suppliantes, si douloureuses, qu'Angèle, se reprochant la pusillanimité qu'elle venait de manifester, s'empressa de lui offrir un verre d'eau. Un regard plein de gratitude la remercia de ce service.

Le malade prit le verre, mais ses doigts affaiblis ne purent en supporter le poids, et la gentille infirmière fut obligée de se baisser pour l'aider à porter le vase à ses lèvres.

IV

L'imagination d'un artiste aurait peine à inventer un tableau plus émouvant que celui-là dont le hasard s'était chargé de poser les personnages et de broyer les couleurs.

Pour encadrement une chambre à demi plongée dans l'ombre; au premier plan, éclairée par la clarté douteuse d'une lampe, une gracieuse figure d'enfant, resplendissante de fraîcheur et de jeunesse, accroupie devant un homme étendu,—la moitié de la face ensevelie dans le clair-obscur, l'autre moitié, blanche, livide, marbrée de taches sanguinolentes, les cheveux luisants, plaqués contre les tempes,—lui présente un verre d'eau, en soutenant la tête de l'objet de ses soins, avec son bras passé, doux oreiller, autour de son cou; au second plan, apparaît confusément la forme d'un lit caché par des rideaux d'indienne.

Il y a, dans le profil de l'homme, quelque-chose qui rappelle le visage du Christ dans la Descente de Croix de Rubens. La jeune fille se montre à nous comme la Charité.