—Pour lors, j'écoute.
Ils étaient dans la chambre. Angèle narra brièvement au charretier ce qui lui était arrivé depuis son retour chez elle. On s'imagine aisément la surprise du brave Pierre en entendant un pareil récit. Il poussait des exclamations, lançait force «Bateau!», «Tonnerre!» et épuisait toutes les interjections que lui fournissait son vocabulaire admiratif.
—Eh bien! dit Angèle, en terminant; il faut aviser!
—Diable! oui, il faut aviser! répondit le charretier, se grattant le front suivant son habitude, lorsqu'il était contrarié.
—Nous ne pouvons songer à rendre ce pauvre jeune homme aux gens de police.
—Aux gens de police! le rendre aux gens de police! Que non, que non! rendre un Canadien à ces brigands d'policemen! j'aimerais mieux être pendu en haut du clocher de l'English Church.
—Oui, dit en souriant Angèle, je sais que vous n'aimez pas énormément les hommes de police; mais cela…
—Bon, bon; j'y suis. Attends, je vas dire un mot à la mère, puis atteler mes chevaux à la calèche couverte, et si ce particulier est ce qu'il prétend être, nous le garderons caché ici… où il ne manquera de rien.
—Excellent ami! Oh! que je vous embrasse, s'écria Angèle, dans un élan de reconnaissance qui prouvait que son coeur…
(Mesdames nos lectrices, veuillez nous excuser: une médisance, peut-être bien une calomnie allait glisser de notre plume, quand heureusement, nous nous sommes aperçu qu'il était temps de finir ce chapitre).