—Que veux-tu que j'te dise! Mais d'quoi est-ce que tu t'inquiètes, mon garçon?
—Vous avez raison, reprit Jacques; mais je pensais que Pierre pourrait me conduire à la Pointe-aux-Trembles. C'est pourquoi j'étais venu.
—Ah! c'est y pas de valeur! lui qu'est retenu pour toute la journée.
—Ça me contrarie, dit. Jacques, en ouvrant la porte, je vais être obligé de faire la route à pied.
Et il sortit aussitôt. Mais, au lieu de suivre la rue Sainte-Marie, il tourna à gauche, et machinalement se dirigea vers la maison qu'habitait Angèle.
Une voiture stationnait devant l'allée. Bourgeot reconnut le cheval de Pierre Morlaix. Cette découverte si naturelle en apparence, fit jaillir un soupçon dans son coeur. Se postant derrière une pile de bois de construction, de façon à voir sans être vu, l'amant d'Angèle se mit à observer.
Il n'attendit pas longtemps.
Pierre déboucha de l'allée portant sur ses épaules un paquet enveloppé dans une couverture. Angèle le suivait par-derrière. Elle monta dans la calèche, aida le charretier à déposer le fardeau sur les coussins; ensuite, Pierre s'élança sur son siège et l'équipage partit au grand trot.
Les soupçons de Jacques Bourgeot grandirent, il courut à la poursuite de la calèche, et la rejoignit à l'instant ou elle disparaissait sous un hangar attenant à la demeure de Pierre Morlaix.
—Que signifie cela? pensa l'amant d'Angèle. Se moquerait-on de moi? Ah! bien, je saurai dévoiler ce mystère!