—Quoè, quoè! me baiser la main, seigneur, Jésus! y pensez-vous, mon fils? est-ce qu'on est une jeunesse, nous aut'es? embrassez-moi, ça vaudra mieux! là, sur les deux joues, Pardi! j'savons qui vous êtes: un brave et digne garçon, fièrement savant, mais pas vaniteux en toute! Ah! vot'mère doit êt'joliment contente d'avoir un enfant comme ç'tui-là! Dame! vous êtes ahuri! c'est qu'j'avons été aux informations sur vot'compte, et qu'on nous a conté tous les beaux sacrifices que vous avez faits pour vot'chère famille! C'est ben, ça, mon gars! l'bon Dieu, qu'est là-haut, vous bénira! Mais faut pas vous impatienter. Y sont ben, cheux vous! j'avons reçu d'leux nouvelles, pas plus tard qu'hier et y savons itou ous qu'vous êtes! Mais, motus! V'là c'te pauvre Angèle qu'est fatiguée, j'viens la r'lever! Allons p'tite, il est temps d'aller t'coucher.

A ce moment, un cri perçant retentit dans la rue des Voltigeurs.

—Qu'est-ce que cela? fit la jeune fille en se précipitant vers la fenêtre.

QUATRIÈME PARTIE

LA SORCIÈRE

I

Le lecteur n'a point oublié l'espionnage auquel s'était consciencieusement livré Jacques Bourgeot, ni les paroles menaçantes qu'il avait prononcées, en remarquant que les inquiétudes de sa jalousie prenaient de la consistance.

Un instant, il se demanda s'il ne rentrerait point chez Pierre Morlaix, afin de tâcher d'y saisir le fil de l'intrigue qu'il pressentait; mais, réflexion faite, il se résolut à user de ruse; et, après avoir attendu près d'une heure pour voir si Angèle et le charretier ressortiraient, il se dirigea vers la rue Notre-Dame.

Comme il arrivait sur la place Jacques Cartier, un jeune homme, à la mine astucieuse et repoussante, l'aborda.

—Bonjour, Jacques.