[Note 7: Monnaie.]
—Pas de change, ça lui arrive plus souvent qu'à son tour, marronna Bourgeot, en soldant l'écot, tandis que le journaliste s'éclipsait sournoisement.
III
Jacques se promena pendant près d'une heure, après être sorti de la bar[8] de la mère Halley.
[Note 8: Buvette.]
Mille pensées se heurtaient dans son cerveau. Malgré son peu de perspicacité, il faisait entre l'évasion d'Alphonse et la scène dont il avait été témoin, dans la matinée, des rapprochements qui pouvaient être fatals à l'évadé, aussi bien qu'à ceux qui lui prêtaient si charitablement aide et asile. Mais Pierre Morlaix était un citoyen estimé de tout le monde; pour l'accuser, il fallait des preuves. Bourgeot n'en avait aucune. D'ailleurs, son amour-propre, sa vanité acceptaient avec répugnance la vraisemblance de la trahison d'Angèle. Car nous sommes ainsi faits: quand nous désirons fortement qu'une chose tourne à notre avantage, il nous en coûte tant de la voir se déclarer notre ennemie, que nous combattons même l'évidence. Cet axiome est surtout vrai en amour. Il n'est point d'amant, qui, sûr d'être trompé, et ayant formé un plan de vengeance, ne sera heureux si sa maîtresse parvient à se disculper. La recherche du bonheur nous préoccupe à ce point, que nous préférons le bonheur imaginaire au malheur en perspective. En somme, les apparences nous plaisent plus que la réalité, surtout quand elles sont favorables à la satisfaction de notre moi.
IV
Jacques donc se détermina à garder, durant quelque temps, le silence, et à épier ce qui se passerait dans la maison du charretier.
Il reprit incontinent le chemin de la rue des Voltigeurs; mais, comme il approchait, il rencontra Pierre Morlaix qui se rendait, avec sa voiture, à sa station habituelle.
—Ah! ah! vous v'là, m'sieur Jacquet, dit gaiement le brave cocher, vous ne faites pas un tour?