Le capitaine lança dans le souterrain les paquets qu'il avait faits, puis il s'y glissa lui-même avec sa pioche, creusa l'argile qui en formait le fond, mit à jour une cassette de fer qu'il ouvrit à moitié pour y introduire, un portefeuille et quelques petits sacs de cuir gonflés qui rendirent, en tombant à l'intérieur, un son métallique.

Cela fait, Poignet-d'Acier referma la caisse, la recouvrit d'une couche de glaise qui la dissimulait entièrement, remonta dans la cabane, scella de nouveau la dalle et entassa de la terre au-dessus, jusqu'à ce que le sol eût repris l'apparence quil avait avant l'opération.

Ouaskèma s'était levée, le bras dans une écharpe de cuir de daim.

Elle était prête à partir.

Poignet-d'Acier saisit ses armes, un taureau [16] de pemmican et quelques tranches de saumon fumé, et porta le tout dans un bateau amarré au pied du cap.

[Note 16: Voir la Huronne.]

Jacques arrivait à ce moment.

—C'est fait, monsieur! s'écria-t-il, et le stratagème a merveilleusement réussi. Quand j'ai eu tiré mes trois coups de feu et dépêché au diable deux ou trois des leurs, les Peaux-Rouges ont débarqué en masse sur la grève et se sont mis à courir comme des démons après nos pauvres chevaux qui, aiguillonnés par les épines, filaient, ma foi, avec leurs bonshommes, aussi vite que des antilopes effarouchées.

—Bon, Jacques, bon. A présent le feu à l'établissement.

Ouaskèma marcha au bateau, appuyée au bras de Villefranche, pendant que le domestique incendiait la butte qui, durant bien des années déjà, leur avait servi de résidence principale.