L'îlot atteint, ils se trouvèrent devant un de ces trous, véritables abîmes dont j'ai parlé tout à l'heure. Les eaux s'y engouffraient en tourbillonnant avec un bruit infernal.

—Qu'est-ce que je vous disais, monsieur? Nous ne pourrons pas franchir cet entonnoir-la? fit Jacques d'un air désolé.

Villefranche sourit.

—Tu vas voir que si, répliqua-t-il. Donne-moi ton sac.

De l'autre côté de la fosse, à vingt pieds de distance, s'élevait un rocher effilé, avec des dents aiguës comme des crochets.

Le capitaine prit les deux brides dans le sac, les attacha solidement ensemble, fit un noeud coulant à l'une des extrémités, roula l'autre autour de son poignet gauche, plia le tout en bandes de deux à trois pieds de long, et, saisissant légèrement le noeud coulant entre le ponce et l'index de la main droite, lança ce lasso improvisé dans l'espace. Le noeud coulant vola par-dessus le gouffre, tomba sur le rocher et s'accrocha à l'une des arêtes.

—Maintenant, dit Villefranche à son domestique, jette-toi à la nage; en t'aidant de cette longe, dont je tiens un bout, tu n'auras pas de peine à gagner le chicot, où tu m'attendras.

—Mais vous, monsieur?

—Sois donc tranquille; je t'aurai rejoint avant cinq minutes.

Moitié en nageant, moitié en se cramponnant à la corde, Jacques parvint, quoique avec de grandes difficultés, à franchir la fosse. Poignet-d'Acier alors assujettit la lanière à une racine de pin, puis il traversa par le même moyen et avec autant de bonheur que son domestique.