—Mais à présent comment allons-nous faire, car voici au delà de ce bas-fond un autre entonnoir non moins dangereux que le premier? dit Jacques.

—Attends, dit Villefranche.

Il arma sa carabine, ajusta le bout du lasso fixe à la racine du sapin, le coup partit et la corde, coupée, flotta au cours de l'eau.

Il avait accompli cet acte en quelques secondes.

—Maintenant, dit-il, retire la bride. S'il nous reste des endroits périlleux tu sauras en faire usage.

Une heure après, ils étaient sur la rive méridionale de la branche sud de la Caoulis.

Cette rive, formée de roches noirâtres de schiste bitumineux, n'avait ni le gazon vert, serré, plantureux, ni les bouquets d'arbres feuillus qui émaillaient et panachaient la contrée qu'ils venaient de parcourir. Quelques pins rabougris, jaunis par le soleil, étalaient çà et là leurs rameaux squelettiques sur de grandes touffes d'herbes desséchées ou des rizières sauvages, déjà brûlées jusqu'à leurs racines. Des collines abruptes, dominées par le mont Sainte-Hélène et entrecoupées par des plaines de sable, que marquetaient de larges stratifications de hornblende et d'ardoises talqueuses, fermaient l'horizon. Un ciel, d'un rouge pâle, terne et inflexible comme le métal, complétait la désolation de cette scène dont le tableau serrait le coeur.

—Fais du feu, Jacques, dit Villefranche en abordant. Pendant ce temps, j'abattrai quelques pièces de gibier.

Il descendit la rivière et revint bientôt.

—Qu'y a-t-il, monsieur? s'enquit le domestique.