—J'ai aperçu deux bisons dans une coulée; donne-moi la peau du coyote.
L'ayant reçue, il s'en revêtit et reprit le chemin qu'il avait précédemment suivi.
A cinq ou six cents mètres du lieu où ils étaient campés se déroulait une gorge étroite, humide, tapissée de plantes fourragères. Là, paissaient indolemment deux buffles, mâle et femelle. Villefranche, déguisé dans sa peau, se traîna doucement sur les pieds et sur les mains vers les ruminants, que la vue d'un loup isolé ne pouvait effaroucher. Ils se contentèrent de le regarder avec leur grand oeil placide et se remirent à tondre l'herbe.
Poignet-d'Acier attendit un moment favorable et fit coup double. Les animaux, atteints au coeur, tombèrent presque en même temps.
Le chasseur courut aussitôt à eux pour les saigner; mais, en marchant dans la coulée, il remarqua avec autant de surprise que de chagrin des empreintes récentes de sabots de chevaux, mêlées à celles des bisons.
—Les employés de la Compagnie ont passé ici aujourd'hui, murmura-t-il.
Néanmoins, il résolut de garder cette observation pour lui seul et d'établir son camp sur un rocher fort élevé d'où l'on commandait une vaste étendue de pays.
Les buffles furent dépouillés, les meilleurs morceaux de leur chair coupés en tranches minces, qu'on enterra dans le sable afin de les conserver fraîches jusqu'au lendemain, où on espérait les fumer et les enfouir dans une cache pour les besoins à venir, et les deux trappeurs, après un bon régal de bosse et de fatigue, gravirent le rocher afin d'y passer la nuit.
C'était une sorte de promontoire, taillé à pic du côté de la rivière, couvert d'herbes et de broussailles du côté de la terre.
Avec sa lunette, Poignet-d'Acier examina le paysage, mais il ne découvrit rien qui put l'inquiéter.