—Ma foi, ça m'arrange, capitaine, dit Nick, car mon estomac est ouvert à deux battants, et j'ai là, dans notre sac, ce porc-épic que les chiens ont pris tantôt, qui doit s'ennuyer de n'avoir pas senti encore en air de feu.
—Du feu! y pensez-vous? Un vieux trappeur comme vous ignore-t-il que la moindre clarté…?
—C'est vrai, capitaine. Ours et buffles! je l'avais oublié. C'est bien le cas de dire que la faim, est mauvaise conseillère; ô Dieu, oui! Il faut avouer pourtant que je mangerais volontiers on morceau de cette bête.
—Ce sera pour notre déjeuner, ami Nick. Demain nous trouverons probablement le loisir et le lieu pour la faire cuire. D'ailleurs, dans le jour, un petit feu nous trahira moins que la nuit. Ce soir, nous souperons avec ces cônes d'arbre à pain que j'ai ramassés dans la coulée. Mais toi, mon pauvre Jacques, commet Vas-tu? ajouta-t-il en se tournant vers son domestique.
Le vieillard, surmontant les douleurs qu'il endurait, répondit d'une voix presque assurée:
—Oh! beaucoup mieux; merci, monsieur, vous êtes bien bon de vous occuper de moi.
—Et de qui donc m'occuperais-je, sinon de toi? répondit Villefranche avec un accent de doux reproche.
—Le fait est, capitaine, que vous avez là un digne engagé, et, malgré son âge, plus courageux que ces blancs-becs qui font les fanfarons dans les forts de la Compagnie, observa Nick en tirant de son carnier un porc-épic éventra et dont il distribua les entrailles à ses chiens.
Après ce, le brave trappeur s'assit, déboucha sa gourde, avala philosophiquement une raisonnable quantité de whiskey et tendit le flacon à Jacques.
—Bois une gobe, mon cousin, ça te rafraîchira le sang, lui dit-il.