Mais le domestique refusa.

—Ah! je comprends ce que c'est reprit Nick. Nous avons un peu de fièvre. Une tasse d'eau de source nous irait mieux qu'un coup d'eau de feu. Eh bien! attends un petit brin, mon cousin, je m'en vas t'en alter chercher.

—Non, non, dit Jacques, tu es trop fatigué, mon frère.

—Fatigué! Ah! la bonne histoire! Nick Whiffles fatigué; je défie qui que ce soit de dire qu'il a jamais vu Nick Whiffles fatigué, oui bien, je le jure, votre serviteur! Debout Calamité! nez au vent, Infortune! et déterrez-moi une belle eau fraîche.

Là-dessus, il partit aussi hardiment que si le soleil l'eût éclairé de ses rayons, aussi gaiement que s'il eût fait un bon souper arrosé de liqueurs généreuses.

Jacques suça quelques baies sauvages et s'étendit sur le sol, où il ne tarda pas à s'assoupir. Villefranche, assis contre un quartier de roche, son fusil entre les jambes, monta la garde.

Au bout d'une heure, Nick Whiffles reparut. Malgré son amour pour le whiskey, il avait vidé sa gourde, afin de la remplir d'eau qu'il destinait à Jacques. L'honnête chasseur avait eu mille peines à se procurer cette eau. Mais enfin il s'était, comme il disait, tiré d'un tas de maudites difficultés et avait réussi dans son entreprise. Le vieux serviteur, agité par un violent accès de fièvre, s'éveilla au moment où Nick arrivait. Il but avec avidité et se rendormit. Poignet-d'Acier et Whiffles, après avoir causé un instant, s'étendirent côte de lui, et se livrèrent paisiblement au sommeil, assurés que la vigilance des deux chiens les mettait l'abri de toute surprise.

La nuit se passa sans alerte.

Le lendemain, aux premières lueurs de l'aurore, Poignet-d'Acier leva l'appareil qu'il avait mis sur la blessure de Jacques. En l'étudiant, il remarqua avec inquiétude que les lèvres se gonflaient et prenaient une teinte séreuse, verdâtre. Néanmoins, il dissimula son anxiété; il lava la plaie avec soin et posa un nouveau bandage. Du reste, Jacques se prétendait beaucoup mieux que la veille. On alluma du feu pour cuire le porc-épic, et, le déjeuner terminé, les fugitifs firent disparaître les traces du foyer et reprirent leur marche.

Elle dura jusque dans l'après-midi.