—Que mon frère attende ici! dit le chef en montrant au capitaine une hutte ouverte devant laquelle une squaw plaçait dans son berceau un enfant nouveau-né.

Le marmot vagissait douloureusement, et, certes, la torture à laquelle on le soumettait pouvait bien lui arracher des cris. Sa mère l'avait étendu sur une mince tablette de bois, peinte de couleurs brillantes et garnie de mousse argentée ou mousse d'Espagne. A cette tablette en étaient fixée, par deux courroies, une autre beaucoup plus petite. La squaw rabattit la seconde planchette sur le front de l'enfant au-dessus des arcades sourcilières et l'assujettit fortement au corps du berceau. Elle procédait ainsi à l'aplatissement du crâne. Ensuite, sans prendre garde aux plaintes déchirantes du pauvre petit, elle acheva de fixer ses membres à la première planchette, l'entoura d'une peau, jeta le tout sur son dos, comme une hotte, et alla vaquer à d'autres occupations. L'enfant devait rester trois ans dans cette position, pendant lesquels on augmenterait graduellement la pression sur sa tête. Au bout de ce temps, la laideur pour nous, la beauté pour sa tribu serait complète.

—Ce qui prouve qu'il ne faut pas disputer des goûts et que tout est affaire de convention dans ce monde, murmura Villefranche qui avait pris une sorte de plaisir philosophique à examiner les détails de cette opération. Et, ajouta-t-il, dans son for intérieur, en serait-il du moral comme du physique? Tel sentiment réputé bon ici est odieux plus loin. Quel plus grand crime pour nous que le parricide? Pourtant, chez certaines peuplades, les fils tuent leurs pères quand ces derniers sont devenus perclus par l'âge. Chez d'autres, ce sont les parents qui tuent leurs enfants. Ceux-ci vantent la monogamie; ceux-là font de la polygamie un article de foi religieuse. Il en est pour qui l'adresse à voler semble une vertu, comme il en est qui la punissent sévèrement. Enfin, il n'existe peut-être pas dans le genre humain de principe honoré par une société qui ne trouve sa contre-partie également honoré par une autre!

Il en était là de ces désespérantes réflexions, quand Ouaskèma parut.

D'un mot, elle écarta une foule de squaws et de babouins indiens curieusement attroupés devant le Visage-Pâle; puis elle pénétra dans la hutte et la ferma avec le morceau d'écorce tenant lieu de porte.

Coiffée d'un léger chapeau de fibres de cèdre entrelacées qui cachait la dépression de son front, et vêtue d'une tunique en peau d'oie sauvage, retenue sous son cou par une griffe d'ours, et dont l'éclatante blancheur contrastait vivement avec l'opulente chevelure noire flottant sur ses épaules, la vierge clallome était vraiment superbe à voir.

Des bracelets en coquillages ornaient ses bras nus et les chevilles de ses pieds, chaussés de courts mocassins, élégamment brodés avec de la rassade.

Un épervier, dessiné aussi par des broderies en rassade, sur sa poitrine, indiquait le haut rang qu'elle occupait dans sa tribu.

Arrivée d'un air fier à la cabane, elle y était entrée presque timidement, les paupières baissées, le pas mal assuré. Les battements de son sein, qui soulevait par mouvements irréguliers son vêtement, disaient assez que Ouaskèma était en proie à une violente émotion.

L'agitation de la jeune fille n'échappa point à la pénétration de
Poignet-d'Acier.