Debout dans la hutte, il l'examinait flegmatiquement. Ce n'était pas un captif qui attend, en tremblant, l'arrêt de son juge, mais un homme, certain de sa supériorité qui n'a qu'un geste à faire pour être obéi. Néanmoins, si exempt que Villefranche se crût des petites passions qui contrôlent nos actes, sa vanité était flattée par l'impression qu'il produisait sur cette magnifique créature, souveraine d'une puissante tribu indienne.

Il y eut une minute de silence; puis la Tête-Plate leva sur le chasseur ses grands yeux noirs et dit, d'un ton où perçait une certaine hésitation:

—Mon frère, le brave chef blanc ne peut être indisposé contre Ouaskèma car Ouaskèma demande, à chaque soleil, au Grand Esprit de chasser les ennemis de son chemin et de pousser les plus belles pièces de gibier à portée de sa vaillante carabine.

—Et pour me prouver ses bonnes intentions à mon égard, ma soeur me fait traîner ici par ses guerriers, répliqua le capitaine avec un accent sarcastique.

—Mon frère sait que mes guerriers n'ont pas violenté sa volonté! dit la
Clallome.

—C'est vrai, repartit Villefranche moins amèrement. Mais pourquoi ma soeur m'a-t-elle fait venir ici?

La Tête-Plate rougit, rabaissa ses regards vers le sol et répondit par une interrogation:

—N'est-ce pas mon frère qui a sauvé une fois de plus la vie à Ouaskèma?

—La vie!

—Il l'a tirée, avec Merellum, de la prison du fort Caoulis. Merellum l'a dit à Ouaskèma.