L'estomac de Villefranche était habitué à l'étrange nourriture des sauvages. Il avala la cuillerée, remplit à son tour la poche, et la passa à son voisin en lui disant aussi:
—Mon frère, voici ton mets.
De la sorte, l'ustensile fit le tour des convives qui se précipitèrent ensuite sur les autres aliments, gibier et Poisson, et les dévorèrent avec une gloutonnerie dont les gens civilisés ne sauraient se faire une idée. Ils ne se servaient ni de fourchettes ni de couteaux; mais chacun d'eux était armé d'un bâton ou d'un os pointu, avec lequel ils enlevaient en un clin d'oeil les morceaux à leur convenance et les portaient à leurs mâchoires, qui ne cessèrent de fonctionner que quand quantité d'aliments apprêtés pour le repas eut été engloutie.
Leur goinfrerie suspendue, mais non assouvie, par la disparition totale des vivres, ils se levèrent et commencèrent à vociférer et à danser autour de Ouaskèma et de Poignet-d'Acier, en s'accompagnant de tambourins faits avec des peaux d'élan.
Puis un autmoin se détacha de la ronde, s'avança au milieu du cercle, et chanta le chant de la pêche:
«Braves Clallomes, aiguisez vos harpons, préparez vos canots, la
baleine vous attend.
«Et la baleine n'attendra pas longtemps les braves Clallomes.
«Leurs harpons sont aiguisés, leurs canots sont prêts, ils vont poursuivre la baleine.
«Et la baleine fuit déjà devant les braves Clallomes.
«Mais ils ont fixé des outres aux dards, les voici qui en lancent la pointe dans le corps de la baleine.