A ce point, Villefranche tressaillit, son visage s'altéra. Il éloigna rudement Merellum, qui avait grimpé sur ses genoux, et s'amusait à natter sa longue barbe.
—Qu'as-tu donc, petit oncle? demanda l'enfant étonnée de ce changement soudain dans les manières du capitaine.
—Rien… laisse-moi, dit-il en se levant.
La Petite-Hirondelle se prit à pleurer, il sortit de la cabane et alla rejoindre Ouaskèma, qui les avait laissés seuls pour donner quelques ordres à ses guerriers.
L'Indienne vint peu de temps après prévenir Poignet-d'Acier que les principaux chefs de la tribu l'attendaient pour partager un grand festin de viande de mouton des montagnes et de chair d'esturgeon.
Il se rendit aussitôt à l'invitation, car il avait besoin de se distraire des cruelles préoccupations qui, de nouveau, s'étaient emparées de son esprit.
Le banquet avait été préparé sous une hutte oblongue formée avec des pieux, recouverts d'écorce de bouleau. Quand Villefranche entra, une quinzaine de Clallomes, nus, sauf un jupon de filaments de cèdre serré autour des reins, étaient accroupis sur leurs talons, le long des parois de la butte. Ils avaient le corps hideusement bariolé de peintures. Une odeur âcre et écoeurante remplissait l'enceinte, envahie par des flots de vapeur grisâtre. L'odeur et la vapeur provenaient de trois vases en écorce dans lesquels des squaws jetaient des cailloux, rougis au feu, pour cuire les mets.
Poignet-d'Acier fut placé à la droite d'Ouaskèma, qui, plongeant dans un de ces vases une sorte de poche en bois, la retira pleine d'un liquide visqueux et la lui présenta avec ces mots:
—Mon frère, voici ton mets.
C'était de la graisse d'ours.