Tandis que les hommes se gorgeaient de ce mets dégoûtant, les femmes faisaient fondre la graisse dans une grande auge de bois, avec des cailloux rougis au feu, on emplissaient d'huile la vessie et les entrailles de la jubarte, on découpaient ses chairs en tranches pour les sécher et les conserver.
Et pendant ce temps-là aussi, agenouillée près de Villefranche qui gisait livide et décomposé sur un lit de branchages et de pelleteries, Ouaskèma s'occupait, avec l'assistance de deux autmoins, à lui remettre la cuisse gauche que le monstre marin lui avait cassée en l'atteignant du bout de sa terrible queue.
CHAPITRE XX
LE CARCAJOU
Le ciel était splendide, le soleil ardent comme le cratère d'un volcan.
Ouaskèma et Poignet-d'Acier descendirent d'un canot au pied du mont Sainte-Hélène. La joie, une joie profonde, sans mélange, rayonnait sur les traits de l'Indienne; le capitaine avait le visage pâle, amaigri et portait toutes les marques d'un homme qui relève dune longue et douloureuse maladie.
—Mon frère veut-il se soutenir à mon bras? demanda la Tête-Plate en l'enveloppant d'un regard enivré d'amour.
—Non, ma chère soeur, répliqua Villefranche d'un ton doux et mélancolique. Je me sens assez fort pour te suivre. D'ailleurs, cet endroit qui renferme les cailloux jaunes n'est pas loin, n'est-ce pas? Nous y serons bientôt?
—Le temps qu'il faut pour cuire des racines de kamassas, dit-elle.
—Ah! reprit-il, il me tarde d'être arrivé car après cela… quand j'aurai enfin cet or…