Un nouveau coup de tomahawk l'atteignit à la poitrine. Les muscles frémirent, ses dents grincèrent et des gouttes de sueur perlèrent son front, mais la douleur ne lui arracha aucun cri, aucun mouvement convulsif.

—Les Chinouks, poursuivit-il stoïquement, ont le bras aussi faible que l'esprit. C'est du sang de lièvre qui gonfle leur coeur. Comment pourraient-ils triompher des vaillants Clallomes, eux qui ne peuvent les renverser quand les Clallomes sont attachés? J'ai enlevé ta femme, Oeil-de-Carcajou, et elle m'a servi comme esclave.

A ces mots, l'indien qu'il interpellait bondit de fureur. Tirant de sa gaine un long couteau, il se précipita sur le captif pour l'en percer. Un de ses compagnons l'arrêta.

—Non, ne le tue pas encore, lui dit-il; nous lui montrerons comment les
Chinooks traitent les hiboux de son espèce.

Et, saisissant un bâton enflammé qui se consumait sur un brasier voisin, il flamba les jambes de sa victime, tandis que Oeil-de-Carcajou lui faisait de larges entailles dans le ventre en vociférant:

—Si tu as rendu ma femme esclave, je rendrai la tienne veuve, et je mangerai ta chair pour en jeter le reste aux chiens.

—Mange-la donc; car tu en as besoin pour te donner le courage qui te manque, reprit froidement le Clallome.

Oeil-de-Carcajou lui enlevait, pendant ce temps, une large portion de la cuisse et la dévorait sanglante.

Toujours insensible à ses horribles souffrances, le captif apostrophait ses bourreaux.

—Dent-de-Loup, c'est moi qui ai tué ton père à la rivière Taouleh; Griffe-de-Panthère, regarde ton dos, quand tu passeras près d'un ruisseau, et tu y admireras la cicatrice qu'y ont laissée mes flèches à la plaine des Buttes; Jambe-Croche, tu portes sur tes membres les marques de mon casse-tête. Tous, je vous ai battus; tous, vous êtes des lâches. Votre jeesukaïn [1] est un fourbe qui ne connaît rien des secrets de Hias-soch-a-la-ti-yah [2]. Je vous méprise.