La jeune Indienne frissonna sous l'étreinte de la douleur; son visage pâlit, ses traits s'altérèrent, deux larmes jaillirent de ses yeux démesurément tendus. Puis sa tête s'affaissa sur sa poitrine; mais elle ne laissa échapper aucun gémissement.

Poignet-d'Acier s'élança vers elle, trancha d'un coup de hache les liens qui l'attachaient au poteau et la reçut insensible dans ses bras.

Il la déposa doucement sur le gazon en criant

—De l'eau! qu'on m'en aille chercher, tout de suite!

Un des trappeurs descendit vivement le cap, tandis que Villefranche versait quelques gouttes de spiritueux sur la paume de sa main pour en fruiter les tempes de Ouaskèma.

Avant le retour du trappeur elle avait repris connaissance.

A la vue de Poignet-d'Acier penché sur elle et la soignant avec une sollicitude paternelle, la jeune Clallome eut un éclair de joie indicible.

—Le chef blanc, est un grand chef; Ouaskèma l'aime! dit-elle. Elle voulut faire un mouvement pour se lever, mais la souffrance l'en empêcha. Sa main droite se porta instinctivement à son épaule gauche, celle qui avait été frappée par la massue du sorcier.

Contrairement aux usages de sa tribu, Ouaskèma, fille d'un grand chef et jouissant elle-même du privilège rare de présider le conseil des sachems Ouaskèma portait une tunique de peau qui couvrait sa gorge et descendait jusqu'à ses genoux. Elle avait aussi les mitas et les mocassins des Indiens de l'autre côté des montagnes Rocheuses.

—Tu as bien mal à ton épaule, ma soeur? lui dit Poignet-d'Acier avec un accent sympathique.