Contrairement à l'usage des Chinouks qui ont l'habitude de s'épiler, il avait la lèvre supérieure ombragée par une petite moustache noire, fine et soyeuse.
A sa ceinture de cuir de boeuf étaient passés des pistolets et un coutelas; près de lui gisait une carabine à monture de cuivre, garnie de plumes brillantes, et son tomahawk, sorte de massue longue de deux pieds, figurant un croissant en os de cachalot, maculé de sang et des débris du crâne du malheureux qu'il venait d'égorger.
Dans la matinée du jour où nous les présentons à nos lecteurs, le Dompteur-de-Buffles et sa troupe avaient rencontré et battu un parti de Clallomes, sur la rive septentrionale de la Colombie. Deux prisonniers étaient restés entre leurs mains, un sachem et Ouaskèma, la Belle-aux-cheveux-noirs. Le premier était mort en brave. Ouaskèma, fille de Tanastic, chef fameux, parmi les Clallomes, attendait fièrement le même sort, sachant bien que sa beauté, sa jeunesse et son rang étaient plutôt faits pour exaspérer que pour toucher ses ravisseurs.
Le jeesukaïn chinouk, entre les mains de qui elle était tombée, avait résolu de la brûler vive, pour se rendre propice à Scoucoumé, l'Esprit du Mal.
Dès que les Indiens eurent cessé leurs chants et leurs danses, il ordonna de préparer un bûcher.
Mais alors le métis lui dit:
Mon frère veut-il me céder cette squaw?
Le jeesukaïn, qui pétunait gravement, les regards tournés vers le soleil couchant, ne répliqua point et le Dompteur-de-Buffles reprit:
—Si mon frère veut me livrer cette squaw, il recevra de moi en échange deux fois vingt tiacomoshaks [3], trois fois trois couvertes de peaux de cygne, un cornet de poudre et la grande hache dont les Kingors [4] m'ont fait présent.
[Note 3: Pour calculer, les Indiens de la Colombie font usage du système binaire. La tiacomoshak est use coquille bleu qui sert de monnaie. Sa valeur est proportionnée à sa longueur. On la pêche près du rio Columbia.]