—Tu as raison, ma soeur, je n'y avais pas songé. Veux-tu que je panse ta blessure?
La jeune Indienne ne répondit pas.
Villefranche, prenant son silence pour un acte d'adhésion, s'approcha d'elle et leva l'appareil qu'il avait posé le jour précédent. Une ecchymose assez grave s'était formée sur l'épaule, et Ouaskèma ne pouvait plus faire usage de son bras. Cependant, sa fièvre s'était calmée; il y avait du mieux dans son état.
Poignet-d'Acier baigna la partie affectée avec des feuilles couvertes de rosée, puis il y appliqua quelques plantes adoucissantes, et revint près de ses gens.
—Nous allons faire un canot avec des joncs, leur dit-il.
Ils eurent bientôt coupé une douzaine de bottes de roseaux qu'ils réunirent en liant les uns avec les autres leurs petits bouts. Autour de cet assemblage, quelques nouveaux paquets de ces plantes furent attaches pour figurer les préceintes, et enfin ils tressèrent une grande natte de joncs, laquelle, fixée à deux baguettes de fusil, que tiendraient deux des trappeurs, devait former voile.
Les naufragés réussirent au gré de leur désir.
On plaça Ouaskèma au fond du canot qui n'avait pas moins de dix pieds de long; les trappeurs s'embarquèrent, et, grâce à une bonne brise nord-ouest, ils doublèrent vers midi la pointe Georges, derrière laquelle, à côté des ruines de l'ancien fort Astoria, s'élevait, on le sait, la cabane de Poignet-d'Acier.
Après le débarquement et l'installation de Ouaskèma sur le lit du capitaine, on s'occupa du déjeuner. Du poisson rôti et du pain de racines de kamassas firent les frais de ce repas. La Clallome se contenta d'un peu de bouillon d'esturgeon.
—Jacques, dit Villefranche quand ils eurent satisfait leur appétit, Jacques, tu vas aller à la batture de Clarke, dans la baie d'Young; j'y ai remarqué une troupe de cygnes; facile de faire bonne chasse, car nous commençons à être à court de gibier.