—Ma soeur consentirait-elle à me raconter cette entrevue? demanda Poignet-d'Acier qui espérait par ce moyen arriver à la découverte de la mine d'or vers laquelle étaient tournées toutes ses aspirations.
Heureuse de captiver l'attention de celui qu'elle aimait, l'Indienne répondit:
Si les oreilles du chasseur blanc sont ouvertes, Ouaskèma parlera.
—Ma soeur veut-elle boire auparavant?
—Non, dit-elle vivement; reste: le contact de ta main est une médecine qui rafraîchit les lèvres de Ouaskèma et guérit sa blessure.
Après ces mots prononcés d'une voix émue, elle reprit:
—J'avais douze ou treize ans; ma mère me dit de bien observer ce que je verrais, car il m'arriverait quelque chose d'extraordinaire. Je regardai donc, et un matin, pendant un grand froid de l'hiver, je vis un signe que je n'avais jamais vu. Alors je me pris courir, à courir, tant que je pus. A bout de forces, je m'arrêtai et demeurai là, jusqu'à ce que ma mère vint m'y trouver. Elle savait ce que voulait dire ma fuite, me ramena près de la loge de la famille et m'ordonna de l'aider à faire une petite cabane de bouleau. Elle me dit d'y rester, d'éviter la présence de tout le monde, et, pour me distraire, de couper du bois. Elle ajouta qu'elle m'apporterait des fibres d'écorce de cèdre pour tresser des vases, qu'elle me reverrait dans deux jours, et que, durant ce temps, je ne devais rien mettre dans ma bouche, pas même de la neige.
Je fis comme elle m'avait dit. Au bout de deux jours, elle vint me voir. Je pensais qu'elle m'apporterait quelque chose à manger; mais, à mon grand désappointement, elle ne m'apporta rien. Je souffrais plus de la soif que de la faim, quoique je sentisse que mon estomac criait. Ma mère s'assit tranquillement près de moi, après s'être assurée que je n'avais rien pris, comme elle me l'avait commandé, et me dit:
—Ma fille, tu es la plus jeune de tes soeurs, et de mes garçons et enfants il ne me reste plus que vous quatre, elle faisait allusion mes deux soeurs aînées, à moi et à un petit frère, mort aujourd'hui. Qui, continua-t-elle, prendra soin de nous, pauvres femmes? Ma fille, écoute-moi et tâche de m'obéir. Noircis ta face et jeune vraiment pour que le Maître de la vie ait pitié de moi et de vous et de nous tous. Ne manque pas une minute à mes conseils, et, dans deux jours, je reviendrai à toi. Le Grand-Esprit t'aidera si tu es disposée à faire ce qui est droit. Alors je saurai si tu es ou non favorisée par lui. Si Les visions ne sont pas bonnes, rejette-les. Reste toujours fidèle à mes instructions, je reviendrai.
Ayant dit, elle partit.