Je pris ma petite hache et coupai beaucoup de bois et tissai la corde dont je devais me servir pour coudre des paillassons à l'usage de la famille. Peu à peu je commençai à sentir moins d'appétit, mais ma soif augmentait. Je n'osais toucher à la neige pour l'étancher, parce que ma mère m'avait dit que si je le faisais, même secrètement, le Grand-Esprit me verrait et les esprits inférieurs aussi et que mon jeûne ne me serait d'aucune utilité. Ainsi je continuai de jeûner jusqu'au quatrième jour. Alors ma mère parut portant un petit plat d'étain, et le remplissant de neige, elle arriva à ma loge et fut bien aise de voir que je n'avais rien pris. Elle fit fondre la neige et me dit de la boire. Je le fis et me sentis rafraîchie; mais j'aurais désiré en boire davantage. Elle me dit qu'elle ne voulait pas me satisfaire, et je me contentai de ce qu'elle m'avait donné. Elle me dit encore de rester et d'attendre une vision qui m'arriverait assurément et nous ferait du bien, non-seulement à nous, mais à tous les hommes. Elle me quitta alors, et pendant deux jours elle ne revint pas, je ne vis aucun être vivant et restai plongée dans mes réflexions. La nuit du sixième jour j'entendis une voix qui m'appelait et me disait:
—Pauvre petite, j'ai pitié de ton état; viens de ce côté, je t'y invite.
Il me sembla que la voix partait d'une certaine distance de la loge. Je lui obéis, et allant à l'endroit d'où partait la voix, je trouvai un petit sentier luisant comme une corde d'argent. Il était tout droit et paraissait monter. Après l'avoir suivi un peu, je m'arrêtai et vis à ma main droite la nouvelle lune avec une flamme qui brûlait au sommet comme une torche et répandait une grande lumière. A ma main gauche, apparaissait le soleil sur le point de se coucher. Je poursuivis ma route, et bientôt j'aperçus Kan-ge-bequa, la Femme Immortelle, qui me dit son nom et ajouta:
—Je te donne mon nom et tu pourras le donner à un autre. Je te donne aussi ce que j'ai, la vie immortelle. Je te donne longue vie sur la terre et le pouvoir de sauver la vie des autres. Va, tu es appelée à une haute destinée!
Je repris mon chemin, et vis un homme avec un gros corps rond et sur sa tête des rayons de feu semblables à des cornes.
Il me dit:
—Ne crains pas; mon nom est Monido-Winins, ou le Petit-Homme-Esprit. Je donne ce nom à ton premier fils, qui naîtra d'un blanc…
En disant cela, Ouaskèma balbutia, rougit et baissa les yeux; mais Poignet-d'Acier ne remarqua point ses impressions, et bientôt l'Indienne continua:
C'est ma vie que je te donne ainsi. Va où l'on t'attend.
Je gravis donc le petit sentier jusqu'à ce que je m'aperçus qu'il finissait à une ouverture dans le ciel. Là, une voix se fit entendre; je m'arrêtai, et vis, près du sentier, un homme, la tête environnée de lumière et la poitrine couverte de plaques.