—Pas plus que toi, mon cousin, répliqua Baptiste en secouant la tête.
Je crois savoir ce que c'est. Doublons le pas.
Les cris des chiens recommencèrent bientôt, et si près des chasseurs qu'on entendait les premiers sauter et trépigner sur les branches mortes qui se cassaient avec un bruit sec.
—Coulons-nous sous le bois, dit Baptiste.
Tous les cinq alors se mirent à genoux et rampèrent silencieusement vers une éclaircie que le soleil couchant empourprait de ses derniers rayons.
Les aboiements discords et forcenés de la meute couvraient les harmonieux murmures de la forêt, à cette heure solennelle où la nature se recueille ordinairement et envoie, avant de s'endormir, un hymne de reconnaissance à l'Éternel.
Au bout de quelques minutes, les trappeurs arrivèrent à la clairière, au milieu de laquelle se dressait un énorme chêne plusieurs fois centenaire, et dont les rameaux noueux s'entrelaçaient trente pieds du sol pour former un dais ombreux de verdure.
Autour des racines de l'arbre, qui sortaient de terre en affectant mille formes bizarres, les chiens de la fumerie gambadaient, se bousculaient, bondissaient et jappaient à qui plus haut, la tête levée en l'air, la gueule ouverte, la langue pantelante et les yeux injectés de sang.
Nul fauve ne se montrait cependant dans la clairière ou sur les branches du chêne. Mais de sa cime jaillissaient des essaims compactes d'abeilles qui l'enveloppaient en bourdonnant comme d'une gaze grisâtre.
La petite république ailée était en grand émoi; l'irritation la possédait, on le voyait facilement; mais sa colère n'avait pas les chiens pour objet. Leur présence et leur vacarme ne paraissaient même pas l'inquiéter.
—Que diable est-ce que cela veut dire? demanda Pierre à mi-voix.