—Cela, mon cousin, lui répondit Baptiste, veut dire que nous avons une chance rare.

—Oui, ajouta Jean; si je ne me trompe, nous ferons ce soir régal de viande d'ours et de miel. Je ne comprends pas.

—Tu comprendras tout à l'heure. En attendant, va couper des branches de sapin et ramasse une botte de fougères que tu tremperas dans la mare près de laquelle nous sommes passés. Dépêche-toi.

Pierre partit sans trop savoir à quoi servirait ce qu'on lui commandait.

—Toi, l'Enrhumé, et toi, le Bossu, continua Baptiste qui avait parlé, vous couplerez les chiens; moi et Jean nous arrangerons le bûcher.

Le chêne était creux, et, à la base de son tronc, se montrait une cavité ayant plus de quatre pieds de diamètre. Les deux trappeurs, tout en tenant leur carabine d'une main et leur couteau de chasse dans les dents, remplirent cette cavité de branchages secs, de feuillée, de brindilles de sapin et de fougères mouillées que leur apporta Pierre. Cela fait, les chiens furent attachés à quelque distance dans le bois, puis Jean alluma le bûcher et Baptiste ordonna aux trois autres de se tenir devant le trou du chêne et de faire feu au premier signal. Lui-même et Jean prirent une position semblable.

—Est-ce que vous pensez qu'il y a un ours là dedans? interrogea Pierre en pointant le chêne d'un air incrédule.

—Tu verras, mon garçon.

Une fumée épaisse et âcre se dégageait lentement du foyer et voilait le tronc de l'arbre sous ses lourdes spirales d'un gris-bleu terne.

Les bourdonnements et le désordre des abeilles augmentaient. Elles tombaient par centaines étourdies, asphyxiées, et mouchetaient le vert gazon autour des trappeurs.