—Tu as raison, mon frère, reprit Baptiste. Et la Petite-Hirondelle, cette pauvre créature que nous aimons tant! Ah! ç'a été une imprudence de l'abandonner. L'Irlandais vous la dévisageait… Je me souviens maintenant. Partez, vous autres, courez à la fumerie, je vous attendrai ici avec Jean; emmenez les chiens et revenez avec la carriole et Merellum, s'il n'y a rien de nouveau. Dans une heure au plus vous pouvez être de retour.
Quand les trois trappeurs se furent éloignés:
—Tu ne sais pas, mon cousin, dit Jean à Baptiste, je me suis toujours défié de cet Irlandais. Il est au service de la Compagnie de la baie d'Hudson, et m'est avis qu'il en veut au capitaine.
—Peuh! le capitaine se moque pas mal de lui et des vermines de son espèce.
—Ça ne fait rien. Le scorpion n'est pas difficile écraser, mais il vous pique quand on y pense le moins.
—Où veux-tu en venir, Jean?
—J'en veux venir que Pad a pour associé un nommé Joe qui rode depuis quelque temps avec lui autour de notre établissement, et que je les lesterai d'un lingot de plomb si je les rencontre encore sur mon chemin.
—Baptême! tu ne feras pas cela, Jean.
—Comme je te le dis, Baptiste.
—Le capitaine ne te pardonnerait pas. Il nous a défendu d'attaquer les gens de la Compagnie de la baie d'Hudson, quoiqu'il ne les aime guère, pour le certain, car s'ils pouvaient le pendre, je crois qu'ils n'hésiteraient pas. Mais il est si brave et si fort, Poignet-d'Acier! Dire qu'à la dernière grande chasse il a saisi avec, la main et arrêté un jeune taureau par la patte; quel luron, hein?